Les Bêtes du sud sauvage

BENH ZEITLIN

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Who’s the man?

Pour son premier long-métrage, le jeune New-Yorkais Benh Zeitlin a choisi comme décor les marécages sauvages de la Louisiane. À l’approche d’un ouragan, les habitants du « bassin », sorte d’Eden inviolé, se préparent tant bien que mal. Certains fuiront avant l’arrivée du danger, mais les braves ne se laisseront pas intimider. Les points communs avec le cinéma de Terrence Malick (poésie contemplative des paysages et voix-off  récurrente) poussent à la comparaison, mais Zeitlin impose son propre style.

Hushpuppy est une petite fille de même pas dix ans, mais son père l’élève comme un garçon. Wink appelle sa fille « man » et lui apprend à manger un crabe comme il se doit, en lui brisant la carapace avec les doigts. Il a beau lui hurler sans cesse « who’s the man ? », Hushpuppy est bien une fillette. Forte, mais tout de même. Elle peut certes terrasser son père avec un simple un coup de poing, ou faire face à de gigantesques créatures, mais elle garde le cœur d’une enfant, vulnérable. « Le papa de tout le monde doit mourir un jour » – lui dit Wink… « Pas le mien ! »

La tendresse qu’elle et ses amies trouvent chez les dames de « joyeuse compagnie », à l’occasion d’un doux slow, vient démontrer la chaleur humaine dont elles avaient manqué.

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Afin de faire face à la vie après l’ouragan et au monde sans son père, Hushpuppy aura besoin de renaître. Tout comme le « bassin », inondé après la tempête, sera régénéré. Si la fin du monde est pour demain, c’est seulement pour laisser la place à un nouveau, tout neuf, où chacun a appris à affronter ses démons.

Lorsque la fillette retrouve sa mère, cette dernière découpe et cuisine un alligator, avant de nourrir Hushpuppy. Tout comme elle l’avait fait pour Wink avant que leur fille ne soit conçue. L’alligator, symbole de peur et de puissance, promet la vie lorsqu’il est vaincu. Une renaissance vitale, qui aidera la fillette à mieux comprendre son papa. Son monde, en d’autres mots.

Chaque excursion des personnages hors du « bassin », vers le monde « civilisé », met le spectateur mal à l’aise. Comme si rien de bon ne pouvait sortir de la rencontre de ces deux mondes. Les habitants du « bassin » sont emmenés de force à l’hôpital. Ils n’ont pas demandé à être soignés. Ils n’en voient pas l’utilité. De la même manière, les hommes « de la ville », bien habillés et proprement chaussés, apparaissent totalement ridicules dans les marécages du « bassin ».

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Renvoyant clairement à l’ouragan Katrina, Les Bêtes du Sud Sauvage témoigne d’un monde en conflit permanent contre la nature dans ce qu’elle a de plus sauvage. Mais la sauvagerie n’est pas toujours là où l’on pense la trouver, et le monde civilisé ne se révèle pas toujours si sage. Qui sont les monstres envahisseurs ?

Dans le film de Benh Zeitlin, la nature est un personnage à part entière, d’une puissance redoutable. La fonte des glaces prédite par Miss Batsheeba, enseignante aux cuisses tatouées, libère de terrifiants aurochs, et l’explosion du barrage laisse le « bassin » vulnérable aux « gens de la ville ». Mais il faut apprivoiser cette invasion. Ne pas la fuir. La petite Hushpuppy ne se laissera pas intimider pas les aurochs (réalisées de manière bluffante, sans trucages numériques), elle les apprivoisera, après avoir redouté leur arrivée pendant tant de temps.

La petite fille échappera à l’hôpital et maitrisera ces monstres venus de loin. Chacun affrontera ses propres « bêtes ». Personnage principal dont la voix-off guide l’histoire, Hushpuppy est suivie par une caméra instable, hésitante, réaliste. À son image.

Benh Zeitlin nous montre comment dompter nos propres démons, affronter les épreuves de la vie, accepter la mort, respecter les territoires et l’intégrité de chacun. Les Bêtes du Sud Sauvage est aussi une ode à la nature. Cette nature que l’on doit craindre, respecter et protéger, afin de mieux vivre avec elle, au sein d’elle. Apprenons aussi à nous laisser guider, à laisser agir la volonté du monde qui nous entoure. « C’est quel genre de bateau ? », demande Hushpuppy au capitaine. « Le genre de bateau qui te mène exactement là où tu dois aller ».

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LES BÊTES DU SUD SAUVAGE

BEASTS OF THE SOUTHERN WILD

États-Unis (2012). 1 h 32. Réal. : Benh Zeitlin. Scén. et dial. : Benh Zeitlin, Lucy Alibar, d’après une pièce de Lucy Alibar. Image : Ben Richardson. Déc. : Alex DiGerlando. Cost. : Stephani Lewis. Mont. : Crockett Doob, Affonso  Gonçalves. Mus. : Benh Zeitlin, Dan Romer. Prod. : Michael Gottwald, Dan Jervey, Josh Penn. Cie de prod. : Court 13, Cinereach, Journeyman Pictures. Dist. fr. : ARP Sélection. Int. : Quvenzhané Wallis (Hushpuppy), Dwight Henry (Wink), Levy Easterly (Jean Battiste), Lowell Landes (Walrus), Pamela Harper (Little Jo), Gina Montana ( Miss Batsheeba), Amber Henry (LZA).

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Une réflexion sur “Les Bêtes du sud sauvage

  1. très touchant: tellement bien fait que j’en ai pleuré. Les acteurs sont juste extraordinaires, on croirait voir un documentaire. Le thème se concentre, de manière humble, sur ceux que tout le monde oublie, ou même ignore et c’est ça aussi qui fait tout le charme du film.

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