Lincoln

STEVEN SPIELBERG

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Que sa volonté soit faite

Difficile de rester indifférent à la fascinante filmographie de Steven Spielberg. Maître du divertissement grand public, comme le démontraient encore ses deux précédents longs métrages (Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne et Cheval de Guerre), le cinéaste a su prendre au fil des années la liberté de faire des films de plus en plus personnels et profonds. Avec Lincoln, il prouve (à ceux qui n’étaient pas encore convaincus) qu’il est bien un grand réalisateur. Et qu’il fait ce que bon lui semble.

Adapaté du livre (jamais traduit en français) Team of Rivals : the Political Genius of Abraham Lincoln, de Doris Kearn Goodwin, Lincoln aborde les derniers mois de la vie du 16e président des États-Unis et son combat pour l’abolition de l’esclavage par l’adoption du XIIIe amendement de la Constitution. Première preuve d’une approche intelligente de la part du réalisateur : seulement une partie de la vie de l’ancien président, assassiné en 1865, est portée à l’écran. Spielberg évite ainsi le piège de ne faire que « survoler » certains événements (ce déraisonnable choix qui avait récemment ruiné le film biographique de Taylor Hackford sur Ray Charles [Ray, 2004]). Tout comme Vers sa destinée (Young Mister Lincoln, John Ford, 1939), qui se concentrait sur la jeunesse du futur président, Lincoln se contente d’être le témoin d’un morceau de vie.

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Oubliez scènes d’actions spectaculaires et effets spéciaux à outrance, Lincoln se déroule presque entièrement dans des espaces clos, et n’est constitué que de scènes de dialogues, mettant en scène stratégies politiques et débats idéologiques. La performance est en partie là : Spielberg parvient malgré tout à nous tenir en haleine. Il dévoile une nouvelle palette de son talent, et surprend. Avec La Guerre des Mondes (War of the Worlds, 2005), Spielberg avait empaqueté l’un de ses meilleurs films avec un habillage « spectaculaire ». Mais Lincoln n’est pas le film « grand public » que beaucoup attendaient. Et Steven s’en moque. Il choisit de ne pas montrer la guerre de Sécession, ni la mort du président. Éclairage sombre, musique discrète… Lincoln est un film sobre. Spielberg refuse l’héroïsation du personnage, et n’occulte pas le système de corruption que le politicien a su mettre en place pour parvenir à ses fins. Ce n’est pas via de longs et stéréotypés discours  égalitaires qu’Abraham Lincoln dévoile sa volonté d’abolir l’esclavage, mais au travers de stratégies électorales et militaires, et grâce à un véritable esprit visionnaire.

Enfin, comment ne pas s’émerveiller devant la performance de Daniel Day-Lewis, physiquement métamorphosé (une fois de plus), pour l’un de ses plus grands rôles. L’irréprochable Tommy Lee Jones, de son côté, enchaine les grands films (Trois Enterrements, Dans la Brume Électrique, No Country for Old Men) et impressionne encore une fois.

Tristement oublié du jury des Oscars le 24 février dernier (seules les récompenses du meilleur acteur et des meilleurs décors lui furent attribuées), Steven Spielberg présidera néanmoins le jury du 66e festival de Cannes. Les cinéphiles se réjouissent de la nouvelle.

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LINCOLN

États-Unis/Inde (2012). 2 h 29. Réal. :  Steven Spielberg. Scén. : Tony Kushner, d’après certains passages du livre de Doris Kearns Goodwin« Team of Rivals, The Political Genius of Abraham Lincoln ». Dir. photo. : Janus Kaminski. Déc. : Rick Carter, Curt Beech, David Crank, Leslie McDonald. Cost. : Joanna Johnston. Son : Ben Burtt, Stuart McGowan.  Mont. : Michael Kahn. Mus. : John Williams. Prod. : Kathleen Kennedy, Steven Spielberg. Prod. exéc. : Jonathan King, Daniele Lupi, Jeff Skoll. Cie de prod. : DreamWorks. Dist. fr. : 20th Century Fox. Int. : Daniel Day-Lewis (Abraham Lincoln), Sally Field (Mary Todd Lincoln), David Straithairn (William Seward), Joseph Gordon-Levitt (Robert Lincoln), James Spader (W.N. Bilbo), Hal Holbrook (Preston Blair), Tommy Lee Jones (Thaddeus Stevens), Bruce McGill (Edwin Stanton), Tim Blake Nelson (Richard Schell), Gloria Reuben (Elizabeth Keckley), Michael Stuhlbarg (George Yeaman), Lukas Haas (premier soldat blanc), Dane DeHaan (second soldat blanc), Gregory Itzin (juge John A. Campbell), Kevin Kline (soldat blessé), S. Epatha Meckerson (Lydia Smith).

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