Fedora

BILLY WILDER

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Hollywood m’a tué

Quelques lignes sur Fedora, l’avant-dernier film de Billy Wilder, à l’occasion de sa sortie en version restaurée, cette année au cinéma.

Fedora, c’est Marylin. C’est Heath Ledger. C’est Kidman, Woodward ou Downey Junior. Fedora c’est un peu nous, aussi. Mais Fedora, c’est Hollywood, surtout. Dans toute sa splendeur, et son implacable marche en avant.

« Dutch » est un scénariste fauché. Il écrit un scénario sensé lui apporter la gloire, et part à la rencontre de la star hollywoodienne Fedora, pour qui le rôle principal du film est écrit. Derrière les grilles de sa somptueuse villa grecque, l’actrice voit sa vie privée farouchement protégée par son entourage. Prêt à tout, « Dutch » n’abandonne pas, et fait bientôt la découverte de secrets insoupçonnés sur la vie de la comédienne…

Billy Wilder, d’abord adulé (Boulevard du crépuscule, Certains l’aiment chaud, etc.) par les studios américains, a vu sa place peu à peu menacée par « les jeunes barbus d’Hollywood ». Son avant-dernier film, aux relents autobiographiques, aborde ce thème de la course effrénée qu’est l’industrie du cinéma américaine. Après de longues années au service d’Hollywood, Wilder est amer, et cela se voit.

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Dans Fedora, les acteurs et leurs caprices sont sévèrement moqués. À l’image du personnage principal, enfermé dans sa véritable forteresse de Corfou et déconnecté de la réalité. Manipulés et éblouis par trop de projecteurs, les acteurs sont irrémédiablement broyés par un système sans pitié. Hollywood et son culte de l’apparence détruisent quiconque s’insère dans ses rouages. Obsédée par son image, Fedora se fera refaire le visage afin de rester jeune. Opération ratée, et actrice défigurée. Perdue pour le cinéma mais refusant d’abandonner la célébrité, elle modifie l’apparence physique de sa fille, qui apparaitra désormais à l’écran sous le même nom.

L’image est reine : Fedora ne veut pas être célèbre pour ce qu’elle est. L’idée d’être adulée lui suffit. Elle veut que son nom perdure. Et elle est prête pour cela à sacrifier la vie de sa fille.

Surprotégée, afin que le secret ne soit pas dévoilé, la jeune Antonia perd peu à peu la tête. Elle ne sait plus qui elle est, et se voit obligée d’écrire des pages entières de « Je suis Fedora » afin de ne pas oublier. Ne pas oublier quel rôle elle est sensée jouer. À l’écran, dans la vie… On ne sait plus – et cela importe peu, finalement.

Parlant avec un ton de voix exagérément arrogant, Antonia se donne sans s’en rendre compte de creuses sonorités d’outre-tombe, annonçant ainsi son destin tragique.

Hollywood… Où l’image des acteurs prend le pas sur ce qu’ils sont vraiment. Ils ne deviennent qu’illusion, écran de fumée, lunettes noires. Hollywood achève les stars vieillissantes, mais brise aussi les étoiles montantes.

Fedora, c’est Hollywood. C’est un monde à elle seule. C’est beaucoup. Beaucoup de vent, surtout.

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FEDORA

Allemagne/France/États-Unis (1978). 1 h 46. Réal. : Billy Wilder. Scén. : Billy WilderI.A.L. Diamond, d’après Crowned Heads de Tom Tryon. Dir. photo. : Gerry Fisher. Déc. : Alexandre Trauner. Cost. : Charlotte Flemming. Son : Remo UgolinelliAlessandro Palmirini. Mont. : Stefan ArnstenFredric Steinkamp. Mus. : Miklos Rozsa. Prod. : Billy WilderI.A.L. Diamond. Cie de prod. : Bavaria Films. Dist. reprise : Bodega. Int. : William Holden (Barry Detweiller), Marthe Keller (Fedora/Antonia), Hildegard Knef (comtesse Sobryanski), José Ferrer (Dr Vando), Frances Sternhagen (Miss Balfour), Henry Fonda (lui-même), Hans Jaray (comte Sobryanski), Michael York (lui-même), Mario Adorf (le gérant), Arlene Francis (présentatrice TV).

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