Top ten 2013

« Un bon critique doit savoir hiérarchiser. » – Michel Ciment

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10. GRAVITY, d’Alfonso Cuaron (États-Unis, Royaume-Uni)

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Une excellente surprise ! Alfonso Cuaron a réussi là où beaucoup échouent : proposer un divertissement grand public de qualité. La pari du Mexicain était risqué, mais il s’en sort avec brio, et démontre l’étendue de son talent de metteur en scène. Un spectacle en apesanteur d’une heure et demie, truffé de messages géopolitiques (pas toujours très subtils, je vous l’accorde) et de références au 2001 de Kubrick ; sans oublier un final saisissant. Gravity réconcilie deux genres bien distincts de spectateurs. On aimerait voir ça plus souvent. À noter que l’usage de la 3D est justifié (fait suffisamment rare pour être souligné).

 

9. À LA MERVEILLE (To the Wonder), de Terrence Malick (États-Unis)

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Après The Tree of Life, l’arbre de l’amour. En plein Hollywood, Terrence Malick fait ce qu’il veut, et se fout des modes. À la Merveille est un film poétique et contemplatif, qui nous donne une vision unique de l’amour, des doutes et de la dévotion.

Donner à Terrence Malick la première place de chaque classement serait trop facile. Alors on fait semblant d’être équitable… Bref, j’envie ceux qui n’ont jamais vu aucun de ses films : ils ont six chefs-d’oeuvre à découvrir.

 

8. THE IMMIGRANT, de James Gray (États-Unis)

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1921. Ellis Island est le passage obligatoire pour tous les nouveaux venus aux États-Unis. Arrivée de Pologne, Ewa (Marion Cotillard) devra se battre et avoir recours aux pires moyens pour survivre, et tenter de faire entrer sa soeur dans le pays. The Immigrant est le récit d’une femme désespérée et prête à tout pour une vie meilleure. James Gray nous livre sa vision du rêve américain, et ça ressemble plutôt à un cauchemar.

 

7. THE MASTER, de Paul Thomas Anderson (États-Unis)

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Ancien Marine devenu alcoolique, Freddie rencontre Lancaster Dodd, le leader d’une secte appelée la Cause. Sous l’influence du charismatique orateur, Freddie va tenter de se soigner. Une relation de dépendance va alors s’installer entre les deux hommes. Qui a besoin de qui ? Qui a le pouvoir ? Qui est libre ? Inspiré de la vie de L. Ron Hubbard (créateur de la Scientologie), The Master est une oeuvre fascinante, d’une grande complexité psychologique. Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams auraient bien mérité un Oscar chacun, tant ils proposent ici les performances d’acteurs les plus abouties de l’année.

 

6. LA VIE D’ADÈLE – CHAPITRES 1 ET 2, d’Abdellatif Kechiche (France)

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Récompensé par une Palme d’Or (et au centre d’une polémique durant de longues semaines), La Vie d’Adèle est bel est bien l’un des films majeurs de 2013. Captivant et hypnotisant de bout en bout, il n’a laissé personne indifférent. Abdellatif Kechiche, en poussant ses actrices dans leurs retranchements, a obtenu de celles-ci un engagement total, pour un jeu d’une subtilité inouïe.

La Vie d’Adèle est une histoire d’amour vécue par une lycéenne. Premiers baisers, premiers amours, premières expériences sexuelles, premières ruptures… C’est une partie de notre vie à tous. Dur de ne pas s’y retrouver. C’est simple, mais c’est bon.

 

5. BLUE JASMINE, de Woody Allen (États-Unis)

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Woody Allen donne parfois le sentiment de réaliser des films machinalement, mais Blue Jasmine a pris tout le monde de court ! Quel portrait ! Et quelle performance de Cate Blanchett ! Le rôle de sa carrière ! Voilà pour les points d’exclamation. Pour le reste, c’est du très bon cinoche. Mariée à un riche homme d’affaires quelque peu volage, Jasmine va divorcer, et passer d’une vie luxueuse à l’appartement miteux de sa soeur Ginger. Sans le sou, elle va tenter d’avoir une vie normale : travailler, gagner son propre argent… Descendre l’ascenseur social se révèlera extrêmement complexe. On reste sous le choc, après avoir accompagné Jasmine à travers sa dépression.

 

4. DJANGO UNCHAINED, de Quentin Tarantino (États-Unis)

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Django Unchained, c’est Tarantino qui s’inspire d’un western moyen des années 1960 (Django, de Sergio Corbucci) pour en faire une grande fable, et une grande oeuvre. Tout simplement le meilleur film du réalisateur de Pulp Fiction. D’abord parce qu’on y retrouve tout ce qu’on aime chez lui (dialogues ciselés, hémoglobine, bande-son irréprochable, mise en scène pointue), ensuite parce qu’il injecte du nouveau (paysages grandioses et face-à-face douloureux – et osé – avec l’histoire des États-Unis). Tarantino a déclaré récemment avoir peur de faire le film de trop. Qu’il soit tranquille : il en est encore très loin.

 

3. A TOUCH OF SIN (Tian Zhu Ding), de Jia Zhang-ke (Chine, Japon)

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Portrait d’une Chine oubliée, à l’ombre de la croissance économique. Un vrai poulailler. Sale, froid, corrompu et meurtrier. Quatre histoires. Quatre personnages qui ont déjà trop essayé de changer leurs misérables existences, et qui vont commettre l’irréparable. Jia Zhang-ke nous livre un chef-d’oeuvre : un film éminemment politique, aux niveaux d’interprétations multiples. Notons que l’auteur de Still Life est un artiste que le gouvernement chinois censure régulièrement. La preuve qu’il appuie là où ça fait mal. Attention, A Touch of Sin est un film explosif.

 

2. MUD – SUR LES RIVES DU MISSISSIPPI (Mud), de Jeff Nichols (États-Unis)

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Sur une île du fleuve Mississippi, Ellis et Neckbone font la connaissance du mystérieux Mud. Vivant coupé du monde, ce dernier va gagner leur confiance, et les convaincre de rassembler le matériel nécessaire à la réparation d’un bateau, dans le but de quitter les lieux. En aidant Mud, les enfants vont peu à peu découvrir son lourd passé…

Troisième film et troisième coup de maître, pour Jeff Nichols. Son cinéma continue de dresser le portrait du Sud des États-Unis, pauvre et isolé. Un scénario brillant, une incroyable aventure vécue à travers les yeux d’un enfant (Mark Twain et Huckleberry Finn ne sont pas loin), une vraie histoire d’amour…  Tout y est ! Après Take Shelter, Jeff Nichols impressionne encore.

 

1. THE GRANDMASTER, de Wong Kar-Wai (Hong-Kong, Chine, France)

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Le chef-d’oeuvre à l’état pur. The Grandmaster, inspiré de la vie d’Ip-man (mentor de Bruce Lee), est un film d’une beauté inouïe. Chaque plan est une merveille. Une expérience sensorielle. L’impression de sentir les effleurements des personnages, de se faire susurrer les règles d’or du Wing Chun dans le creux de l’oreille, de sentir viscéralement la nostalgie du temps qui passe et qui ne laisse que de profonds regrets. Jamais les arts martiaux et leurs métaphores n’avaient émerveillé à ce point là. Quelle beauté, mon Dieu !

 

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ET MAINTENANT, LES BONUS !

L’OVNI de l’année :

BERBERIAN SOUND STUDIOS, de Peter Strickland (Royaume-Uni)

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Ingénieur du son, Gilderoy est recruté par un studio italien pour les trucages d’un film d’horreur. Loin de chez lui, entouré d’inconnus ne parlant pas sa langue et enfermé dans un obscur studio, Gilderoy va bientôt confondre fiction, rêve et réalité… Peter Strickland livre un film unique en son genre, et nous démontre l’importance du son au cinéma.

 

Les déceptions :

MAN OF STEEL, de Zack Snyder (États-Unis, Canada, Royaume-Uni)

MAN OF STEEL

Certes, l’auteur de 300 n’est pas réputé pour la finesse de sa mise en scène, mais le rendu visuel impressionnant de ses films (sans oublier la bonne surprise Watchmen – Les Gardiens) pouvait nous laisser espérer davantage, à l’heure d’orchestrer le grand retour de l’homme d’acier. Pari raté.

 

PASSION, de Brian De Palma (France, Allemagne)

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Un scénario brillant (le film est un remake de Crime d’amour, d’Alain Corneau) et des moments de génie… Seulement voilà, Passion vire à la démonstration, et manque peut-être un peu de… passion. En sortant de la salle, la déception. Puis plus on y repense, plus on se dit que c’était pas si mal. Mais quand on va au cinéma, on aime bien se laisser emporter PENDANT le film.

 

Le navet :

40 ANS : MODE D’EMPLOI (This is 40), de Judd Apatow (États-Unis)

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Judd Apatow n’est certainement pas représentatif du « nouvel âge d’or de la comédie américaine » (contrairement à ce que déclaraient les Inrocks cette année), mais au moins deux de ses films (En cloque, mode d’emploi, et surtout 40 ans, toujours puceau) nous avaient fait sourire tout en nous émouvant. Seulement voilà, les blagues les plus courtes sont les meilleures. Apatow ne se sent plus filmer, et ne se rend pas compte que son film est interminable. Et insupportable.

 

Le film intelligent sur le milieu du football :

COMME UN LION, de Samuel Collardey (France)

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Les amateurs de football doivent souvent se contenter de films affligeants. Plus maintenant. Samuel Collardey raconte l’itinéraire réaliste et optimiste d’un jeune Sénégalais qui rêve de Parc des Princes et de Ligue des Champions.

 

Les comédies française de qualité :

9 MOIS FERME, d’Albert Dupontel (France)

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QUAI D’ORSAY, de Bertrand Tavernier (France)

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Les « comédies » françaises donnent souvent lieu à des déceptions, mais cette année, deux réalisateurs ont su nous faire rire à gorge déployée (si si, je vous jure) : Albert Dupontel nous a proposé un cinquième long-métrage loufoque sur les dysfonctionnements de la justice française, alors que Bertrand Tavernier a adapté Quai d’Orsay, (une bande-dessinée décrivant les coulisses du ministère des Affaires étrangères), avec un Thierry Lhermitte hilarant.

 

Le film qui mériterait d’apparaitre dans le Top ten, mais qui n’y est pas (parce qu’il faut faire des choix, et que dix films, c’est pas beaucoup, quand même) :

JEUNE & JOLIE, de François Ozon (France)

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À dix sept-ans, Isabelle se prostitue. Plusieurs fois par semaine, elle retrouve des hommes riches dans des hôtels de luxe. Pourquoi et comment cela a-t-il commencé ? Personne ne le sait. Pas même elle. Le réalisateur de Swimming-Pool nous fait partager un an de la vie d’Isabelle. Quatre saisons. Sur quatre chansons de Françoise Hardy. Des désirs interdits, cachés, inavoués. Un engrenage inexplicable et injustifiable.

 

Le scénario de l’année :

EFFETS SECONDAIRES (Side Effects), de Steven Soderbergh (États-Unis)

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Le réalisateur de Sexe, mensonges et vidéo a tiré sa révérence en 2013. Il ne se retrouve plus dans l’industrie du cinéma. Ça ne l’amuse plus. On respecte sa décision, mais on aurait quand même bien aimé qu’il nous mène encore en bateau comme il le fait dans Effets secondaires. Steven Soderbergh fait ce qu’il veut du spectateur. Quel talent !

 

Le film qui aurait mérité davantage d’attention :

ONLY GOD FORGIVES, de Nicolas Winding Refn (France, Danemark, États-Unis)

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Après le choc Drive, le public attendait sans doute le même film. Nicolas Winding Refn en a fait un autre. Impressionnant, Only God Forgives est plus noir, plus profond et plus intimiste. Les lumières fluorescentes sont encore là, mais se reflètent sur les personnages, et non plus sur les véhicules. Du rouge, du vert, du bleu. C’est beau.

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