12 Years a Slave

STEVE MCQUEEN

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King Solomon

Ça commence par un plan fixe. Un groupe d’esclaves écoute un Blanc expliquer la technique de coupe de la canne à sucre. Nous sommes dans les années 1840, quelque part dans le Sud des États-Unis. Quelques jours plus tôt, Solomon Northup, un homme libre, a été piégé, drogué, et vendu au propriétaire d’une plantation.

12 Years a Slave est le troisième film de Steve McQueen. Voici 5 bonnes raisons d’aller le voir.

1. Un film unique dans l’histoire du cinéma

      Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’esclavage n’a été que peu abordé à l’écran. La plupart du temps, le thème était un élément de contexte ou de décor (on pense à Autant en emporte le vent (Gone with the Wind, 1939) de Victor Fleming). Même lorsque la vie d’esclaves était au centre de l’intrigue, des personnages blancs tenaient le haut de l’affiche (Amistad, de Steven Spielberg). L’année dernière, deux chefs-d’oeuvre avaient ouvert la voie à un traitement en profondeur du sujet Lincoln, de Steven Spielberg (qui, pour un film sur l’abolition de l’esclavage, manquait terriblement de Noirs…), et Django Unchained, de Quentin Tarantino (un film qui utilisait les codes du western et prenait de joyeuses libertés avec l’histoire). Une manière de préparer le terrain en beauté, donc, pour la sortie de 12 Years a Slave, premier grand film sur l’esclavage.

2. Un grand réalisateur

      Avant son dernier film, Steve McQueen avait déjà impressionné, et provoqué le débat. Hunger, en 2008, racontait la grève de la faim de militants irlandais de l’IRA et la mort de Bobby Sands. Trois ans plus tard, dans Shame, le Britannique abordait l’addiction sexuelle, à travers l’intenable souffrance d’un New-yorkais trentenaire. Deux films aux thèmes forts. Une volonté de montrer  des choses, certes difficiles à regarder, mais sans jamais juger. Comme un face-à-face. 12 Years a Slave s’incrit dans cette logique artistique : un face-à-face avec l’histoire. Avec plus de deux siècles d’humiliation, de brutalité et d’extermination.

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3. Un cours d’histoire

      Qui, à part les anglicistes et amateurs de littérature et civilisation américaine, connaissait l’histoire de Solomon Northup ? Pas grand monde. Steve McQueen met ici en images l’un des témoignages les plus importants de l’histoire, et l’une des périodes les plus brutales et meurtrières de l’histoire. Dans un entretien à la revue Positif (publié dans le numéro de janvier 2014), le metteur en scène s’interroge : « Je connaissais le livre qu’avait rédigé Ann Frankmais j’ignorais celui de Northup. Ce sont deux témoignages de première main sur la discrimination et la persécution. L’un est célèbre, l’autre, inconnu. Pourquoi ? » Une interrogation complexe qui méritait bien un film.

4. De grandes performances d’acteurs

    Le Britannique Chiwetel Ejiofor, trop longtemps cantonné à des seconds rôles, a ici saisi l’opportunité d’une vie. Jouer la peur, l’espoir ou la souffrance dans un film d’une telle envergure… la tâche était loin d’être aisée, mais sa partition est réussie de bout en bout. Tout simplement. Michael Fassbender, acteur fétiche de Steve McQueen, vient quant à lui confirmer qu’il est l’un des comédiens les plus doués de sa génération. Les seconds rôles (Benedict Cumberbatch et Lupita Nyong’o en tête) sont impeccables, et l’apparition de Brad Pitt est anecdotique mais bien pensée.

5. Un ancrage dans l’actualité

      Le film sort peu de temps après le refus de François Hollande d’indemniser les descendants d’esclaves, la plainte du Cran contre la caisse des dépôts ou encore l’action de la Communauté caribéenne contre les anciens états esclavagistes. De quoi aider à mieux comprendre les racines de ces maux qui tourmentent certaines régions du globe. L’histoire éclaire le présent.

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12 YEARS A SLAVE

États-Unis (2013). 2 h 13. Réal. : Steve McQueen. Scén. : John Ridley, d’après l’autobiographie homonyme de Solomon Northup et David Wilson. Dir. photo. : Sean Bobbitt. Déc. : Adam Stockhausen. Cost. : Patricia Norris. Mont. : Joe Walker. Mus. : Hans Zimmer. Prod. : Dede Gardner, Anthony Katagas, Jeremy Kleiner, Arnon Milchan, Brad Pitt, Bill Pohlad, Steve McQueen. Cie de prod. : Plan B, River Road Entertainment. Dist. fr. : Mars Distribution. Int. : Chiwetel Ejiofor (Solomon Northup), Michael Fassbender (Edwin Epps), Benedict Cumberbatch (Ford), Paul Dano (Tibeats), Garret Dillahunt (Armsby), Paul Giamatti (Freeman), Scoot McNairy (Brown), Lupita Nyong’o (Patsey), Adepero Oduye (Eliza), Sarah Paulson (Mistress Epps), Brad Pitt (Bass), Michael Kenneth Williams (Robert), Alfre Woodard (Mistress Shaw), Chris Chalk (Clemens), Taran Killam (Hamilton), Bill Camp (Radburn).

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Une réflexion sur “12 Years a Slave

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