Her

Spike Jonze

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Le mal du XXIe siècle

Quatre ans après son dernier long métrage, Spike Jonze revient avec Her, une œuvre particulièrement inspirée.

Dans un futur proche, Theodore, un homme réservé en instance de divorce, tombe sous le charme de Samantha : la voix suave de son système d’exploitation. Alors que le doute et l’ennui s’installent dans sa vie, Ted apprécie de plus en plus la compagnie de Samantha. Elle n’a pas de visage, pas de corps mais elle le comprend, elle le fait rire et se dispute même avec lui. Theodore est-il amoureux d’une personne qui n’existe pas ?

Avec cette technologie de pointe, qui devrait avoir les moyens de rapprocher les êtres humains, Ted s’enferme et se referme sur lui-même. Les travers du monde moderne, déjà dénoncés par Les Temps modernes (Modern Times) de Chaplin en 1936, n’ont fait qu’empirer. Alors qu’autrefois les machines remplaçaient  et  déshumanisaient les hommes, la technologie a aujourd’hui l’effrayant pouvoir de se substituer à l’amour.

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Grâce à des comédiens et des techniciens formidables, Spike Jonze dépeint remarquablement cette perte criante de sentiments et d’émotion. Décors lisses et direction artistique futuriste : Her possède cette esthétique vide et hypocrite de publicité pour une banque ou une compagnie aérienne. Le rendu visuel, ajouté au manque de conviction des personnages, reflète parfaitement le monde aseptisé vers lequel l’humanité se dirige.

Au cœur de cette incertitude ambiante, Spike Jonze, avec un talent certain, réussit l’exploit de nous faire douter. En compatissant avec Ted et ses doutes, tant représentatifs du XXIe siècle et de l’ère numérique, on en arrive à se demander s’il n’a pas le droit, après tout, d’avoir des sentiments pour cette voix si sexy. N’est-il pas entrain de tomber amoureux pour les bonnes raisons ? Peu importe le physique de Samantha : elle le rend heureux. Que demander de plus ?

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Mais Ted (en même temps que le spectateur) est vite rattrapé par la nature informatique de Samantha. Faite de définitions et de calculs, cette dernière ne pourra se satisfaire de lui bien longtemps. Ainsi lui annonce-t-elle qu’elle est engagée dans d’autres relations amoureuses simultanées. L’auteur de Max et les maximonstres (Where The Wild Things Are, 2009) souligne ainsi la nature futile des relations tissées sur les plateformes virtuelles. La fin du film, subtilement optimiste, suggère d’ailleurs une prise de conscience de la part du personnage principal.

Jamais film de Spike Jonze n’avait atteint une telle profondeur, ni une telle maitrise artistique (Her est son œuvre la plus photographique). Alors qu’il n’avait réalisé que des courts métrages depuis 2009, le natif du Maryland laisse espérer grâce à ce dernier film d’autres beaux moments de cinéma. À suivre.

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HER

États-Unis (2013). 2h6. Réal. et scén. : Spike Jonze. Dir. art. : K.K. Barrett. Déc. : Austin Gorg. Cost. : Casey Storm. Mont. : Jeff Buchanan et Eric Zumbrunnen. Mus. : Arcade Fire. Photo. : Hoyte Van Hoytema. Prod. : Megan Ellison et Vincent Landay.  Société de prod. : Annapurna Pictures. Distr. : Warner Bros.. Distr. fr. : Wild Bunch. Int. : Joaquin Phoenix (Theodore Twombly), Scarlett Johansson (Samantha – voix), Amy Adams (Amy), Rooney Mara (Catherine), Olivia Wilde (fille du rdv), Sam Jaeger (Dr Johnson), Luka Jones (Mark Lewman), Laura Meadows (femme dans le rêve), Katherine Boecher, Chris Pratt ( Paul), Portia Doubleday (Isabella), Kristen Wiig (SexyKitten), Brian Cox (intelligence artificielle Alan Watts – voix).

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3 réflexions sur “Her

  1. Un scénario vraiment original à mon goût, et des décors un peu fous. Avis partagé: sympa, bien que plutôt pour les filles peut-être? mais trop long quand même!
    Jonze ammène une réflexion intéressante: l’homme préfèrera-t-il les relations (amoureuses ou amicales) parfaites car sur-mesure mais virtuelles, à des relations moins idéales car remplies d’impondérables, mais bien réèelles?
    Le film traduit très bien le monde des rêveries à yeux ouverts, les romances imaginées des célibataires, les ‘films intérieurs’ que chacun se fait sur la vie amoureuse dans un monde fantastique, sauf qu’ici tout cela devient possible…Jusqu’au moment où le monde réèl rattrape le personnage principal…

  2. Pingback: Top ten 2014 | Blog de cinéma.

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