Jimmy’s Hall

Ken Loach

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Le vent faiblit

Ken Loach, cinéaste majeur et grand défenseur des petits de ce monde, signe avec Jimmy’s Hall un film globalement décevant, mais qui pourrait malheureusement être son adieu au 7e art.

Avec Jimmy’s Hall, le réalisateur britannique renoue avec l’Irlande, terre qui l’avait conduit à la Palme d’or grâce à Le Vent se lève (The Wind that Shakes the Barley, 2006). Seulement voilà, la force et la beauté de ce chef-d’œuvre se sont estompées, pour laisser la place à un film plus lisse, moins subtil et surtout réalisé avec moins de conviction.

1932. Jimmy Gralton, activiste républicain irlandais, revient au pays après dix ans d’exil aux États-Unis. Depuis la fin de la guerre civile, en 1923, l’Irlande jouit d’une relative sérénité. Elle n’est pas souveraine, mais elle est indépendante. Sur les conseils des habitants du village, Jimmy rouvre son fameux hall, lieu de rassemblement où l’on étudie et se cultive, mais surtout où l’on danse et chante. Mais il y a un problème, le père Sheridan, qui considère ce hall comme un lieu de péché, où l’alcool coule à flot et où les gens ont le culot de s’amuser, veut à tout prix le faire fermer.  La communauté va rapidement s’unir derrière Jimmy.

Jimmys Hall

Il est ironique d’observer que dans cet Eden irlandais, vert à perte de vue, l’Église constitue la menace. Le serpent qui gâche la fête. Le scénario, loachien par excellence, aurait pu (et dû) mener à une grande fresque historique, qui aurait alors fait écho à Le Vent se lève, afin de conclure en beauté une carrière exceptionnelle. Le potentiel était là, mais on dirait que Ken Loach a fait son film en pensant à autre chose. La retraite, sans doute… Il est cependant difficile d’en vouloir à un cinéaste qui, à 78 ans, a sûrement vu dans Jimmy’s Hall une histoire telle qu’il les aime. Les faibles unis contre les puissants. Un symbole fort, en somme.

Certes, la photographie garantie quelques moments de beauté (ah, cette lumière feutrée à l’intérieur du bal !), mais les acteurs (à commencer par Barry Ward, faiblard Jimmy) sont absents. L’intrigue, elle aussi, manque de profondeur. Les méchants sont décidément vraiment méchants, et les gentils réellement super gentils. Le tout manque cruellement de force, et le spectateur ne rentre jamais dans le film.

Vous l’aurez compris, Jimmy’s Hall, est une œuvre mineure, mais il serait dommage de passer à côté, quand on sait qu’il s’agit peut-être du dernier film de l’un des plus grands cinéastes de sa génération.

Jimmys Hall

Jimmy’s Hall

Irlande/Grande-Bretagne (2014). 1h49. Réal. : Ken Loach. Scén. : Paul Laverty, d’après la pièce « Jimmy Gralton’s Dancehall » de Donal O’Kelly. Photo. : Robbie Ryan. Déc. : Fergus Clegg. Cost. : Eimer Ni Mhaoldomhnaigh. Mont. : Jonathan Morris. Dir. art. : Stephen Dely. Mus. : George Fenton. Son : Ray Beckett. Prod. : Rebecca O’Brien. Cie de prod. : Sixteen Films, Element Pictures, Why Not Productions, Wild Bunch. Cie de dist. : Entertainment One, Le Pacte, Pandora Film Verleih, Sony Pictures Classics, Filmcoopi Zürich, Mozinet, Rialto Distribution. Int. : Barry Ward (James Gralton), Simone Kirby (Oonagh), Andrew Scott (père Seamus), Jim Norton (père Sheridan), Brian F. O’Byrne (O’Keefe), Francis Magee (Mossy).

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