Quand vient la nuit

Michaël R. Roskam

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Seul au monde

Michael R. Roskam revient, et il est en colère. Après la bombe Bullhead, le Belge s’est exilé aux États-Unis pour mettre en scène un scénario de Dennis Lehane (Mystic River, Shutter Island). Le résultat est sans appel : Quand vient la nuit est l’un des grands films de cette année.

Il est des films qui laissent une trace. Qui vous collent à la peau plusieurs jours encore après votre sortie de la salle. On ne sait pas toujours pourquoi – ni comment – mais ces films changent un peu notre vie. Quand vient la nuit est l’un de ceux-là. En explorant la solitude des hommes, sur fond de gangs criminels à Brooklyn, Michael R. Roskam signe une œuvre qui vous hantera longtemps, et confirme qu’il est l’un des cinéastes les plus talentueux de sa génération.

C’est l’histoire d’un mec qui trouve un chien blessé dans une poubelle. Et c’est le début des galères. Bob Saginowski n’est « que » barman, mais l’adoption de cet être sans défense va le mener, contre son gré, là où il n’aurait jamais voulu (re)mettre les pieds. Pour ne rien arranger, son bar va bientôt servir de plaque tournante pour de l’argent sale… Tout au long du film, la tension monte, séquence après séquence, silence après silence. Quelque chose va se passer, on le sent. Ça va faire mal.

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Cette pression contenue, qui explose lors d’un final stupéfiant, est brillamment mise en scène par Michael R. Roskam. Le cinéaste belge, qui réalise ici son premier film à Hollywood, a réussi à imposer son style de l’autre côté de l’Atlantique. Il faut dire qu’il avait déjà démontré toute l’étendue de son talent dans le génial Bullhead (Rundskop, 2011), qui avait notamment révélé Mathias Schoenaerts. De la campagne flamande aux rues de Brooklyn, la transition s’est faite naturellement.

Notons qu’il s’agit de la dernière apparition à l’écran de James Gandolfini (Les Sopranos), accompagné ici d’acteurs tous plus convaincants les uns que les autres (à commencer par Tom Hardy). Aucun personnage ne semble jouer franc-jeu, et la clairvoyance du spectateur est sans cesse mise à l’épreuve. Quand vient la nuit est une grande réussite, dont la sobriété apparente ne saurait occulter le brio de ses auteurs et interprètes. Une œuvre sur la solitude. La solitude des hommes qui doivent mener une vie qu’ils n’ont pas choisi. Être mal accompagné, c’est aussi être seul.

ANIMAL RESCUE

QUAND VIENT LA NUIT

THE DROP

États-Unis (2014). 1h47. Réal. : Michaël R. Roskam. Scén. : Dennis Lehane, d’après sa nouvelle Animal Rescue. Prod. : Peter Chernin, Jenno Topping. Prod. ex. : Mike Larocca, M. Blair Breard, Dennis Lehane. Cast. : Blen Lewis. Photo. : Nicolas Karakatsanis. Mont. : Christopher Tellefsen. Dir. art. : Michael Ahern. Mus. : Marco Beltrami. Sup. mus. : Gabe Hilfer. Déc. : Thérèse DePrez. Cost. : David C. Robinson. Maqu. : Jenn Nelson, Arielle Toelke. Coiff. : Aaron F. Quarles, Valérie Velez. Cie de prod. : Fox Searchlight Pictures. Dist. fr. : Twentieth Century Fox. Int. : Tom Hardy (Bob Saginowski), Noomi Rapace (Nadia), James Gandolfini (cousin Marv), Matthias Schoenaerts (Eric), John Ortiz (détective Torres), Elizabeth Rodriguez (détective Romsey), Michael Aronov (Chovka), Morgan Spector (André), Michael Esper (Rardy).

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3 réflexions sur “Quand vient la nuit

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