Timbuktu

Abderrahmane Sissako

511514

Tombouctou brûle

Grand oublié du palmarès à l’issue du dernier Festival de Cannes, Timbuktu dépeint une ville sous le joug de l’extrémisme religieux. Avec une approche quasi-documentaire, Abderrahmane Sissako dénonce des pratiques odieuses, mais a l’intelligence de présenter les djihadistes comme des hommes. Ni plus ni moins.

« Ne la tuez pas, fatiguez-là ! » La phrase lâchée par un djihadiste à ses compères, alors qu’ils prennent une gazelle en chasse, résume la stratégie des ces mêmes extrémistes dans Tombouctou : harceler, jusqu’à épuisement, la « perle du désert » et ses habitants. Attendre que ces derniers se conforment et qu’ils se soumettent. Pour mieux les résigner. Et les achever, enfin.

Aux abords de Tombouctou, Kidane mène une vie simple et paisible avec sa femme et sa fille, mais l’arrivée des djihadistes va bouleverser cet équilibre. Peu à peu c’est toute la ville qui va se retrouver muselée, à la merci de bourreaux sans pitié. L’engrenage de répression et de châtiments buttera parfois sur des habitants courageux, mais mènera à une conclusion émouvante et pessimiste.

519327

Avec sa photographie onirique, Timbuktu enivre le spectateur dès les premières images. La sobriété de la mise en scène montre les choses sans renforts d’artifices superflus. Là-bas, loin des médias et face à la barbarie, des héros lointains et silencieux se lèvent. Une poissonnière qui refuse de porter des gants ou une chanteuse qui n’abandonnera pas sa passion… C’est une souffrance quotidienne vite oubliée par les journaux occidentaux. Ah, si seulement ces maliens étaient des employés d’Areva pris en otage…

Mais la grande réussite d’Abderrahmane Sissako, c’est de montrer des djihadistes à visage humain. Derrière les violents extrémistes, ce sont de jeunes gens immatures et embrigadés, dont les prises de paroles frisent parfois la comédie. Comme lorsque cet adolescent, au moment de réaliser une vidéo destinée à internet, n’arrive pas à expliquer pourquoi il a troqué le rap et les filles contre le djihad. Il se fera recadrer par son aîné : « Il faut que tu dises que l’occident est notre ennemi. C’est pas compliqué, quand même ! ».

Dans Timbuktu, les djihadistes ne sont pas des monstres assoiffés de sang. Et c’est là un message important, à l’heure où la course à la diabolisation de l’Islam bat son plein dans nos médias. L’état du Mali et du Sahel, c’est d’abord un engrenage, une escalade de violence initiée par l’Occident et sa colonisation. Par cette découpe au couteau du « gâteau » qu’est l’Afrique. L’Islam radical n’est pas sorti de terre du jour au lendemain. Mais je m’égare… Commencez par aller voir Timbuktu, nous débattrons du reste après.

timbuktu

TIMBUKTU

France, Mauritanie (2014). 1h37. Réal. : Abderrahmane Sissako. Scén. : Abderrahmane Sissako, Kessen Tall. Dir. photo. : Sofian El Fani. Déc. : Sébastien Birchler. Son : Philippe Welsh, Roman Dymny. Mont. : Nadia Ben Rachid. Mus. : Amine Bouhafa. Prod. : Sylvie Pialat, Rémi Burah, Étienne Comar. Cie de prod. : Les films du Worso, Dune Vision. Distr. : Le Pacte.

Int. : Ibrahim Ahmed (Kidane), Toulou Kiki (Satima), Abdel Jafri (Abdelkrim), Hichem Yacoubi (djihadiste), Salem Dendou (chef djihadiste), Adel Mahmoud Cherif (imam), Kettly Noël (Zabou).

Publicités

2 réflexions sur “Timbuktu

  1. Pingback: Décembre en bref | Blog de cinéma.

  2. Pingback: Top ten 2014 | Blog de cinéma.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s