Top ten 2014

Une belle année de cinéma.

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L’exercice de classement semble être de plus en plus apprécié par la presse spécialisée, chaque mensuel ou hebdomadaire y allant de son « top 10 ». Celui-ci ne sera pas le plus lu, ni le plus influant, mais il vient conclure une année passée dans les salles obscures (plus de 50 films vus, et je vous garantis que c’est difficile de faire plus !), à la recherche de nouveautés et de confirmations, de petits comme de gros budgets, de films de tous les continents, de toutes les formes et de toutes les couleurs. Le but étant d’avoir toujours un regard neutre, passionné et sans idées reçues ou préconçues. Alors le voilà, ce Top ten 2014, accompagné comme d’habitude d’une modeste rétrospective de l’année. En espérant qu’il vous choque, qu’il vous indigne, qu’il vous enflamme ! Et puisqu’on y est, balançons aussi une résolution : en 2015, encore plus de cinéma !

10. WINTER SLEEP (Kis Uykusu), de Nuri Bilge Ceylan (Turquie)

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Une Palme d’Or méritée, qui vient récompenser une belle filmographie. Dans Winter Sleep, Nuri Bilge Ceylan laisse ses acteurs s’exprimer, et les magnifiques paysages d’Anatolie nous enivrent. Le résultat est étourdissant. La critique est ici.

 

9. BLACK COAL (Bai Ri Yan Huo), de Yi’nan Diao (Chine, Hong-Kong)

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Un grand film policier, noir et tortueux. Ours d’Or à Berlin, Black Coal est une belle leçon de cinéma. Un véritable plaisir pour les yeux et les méninges. C’est fin, c’est bon, c’est drôle. Sans parler du final… Ah, ce final !

 

8. HER, de Spike Jonze (États-Unis)

HER

L’air de rien, Spike Jonze a réussi à se faire une belle place parmi les cinéastes de sa génération. Ce 5ème long-métrage, probablement son meilleur, analyse avec une belle humanité notre rapport à l’informatique et ses progrès. La critique est ici.

 

7. BOYHOOD, de Richard Linklater (États-Unis)

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Les mêmes acteurs filmés pendant 12 ans. Un projet colossal un peu trop vite oublié – et dédaigné – par la presse spécialisée. Le résultat est pourtant monumental. Richard Linklater, qui avait semblé un peu à bout de souffle et à court d’inspiration après la trilogie Before…, parvient à se renouveler avec panache. La critique est ici.

 

6. LÉVIATHAN (Leviathan), de Andrey Zviaguintsev (Russie)

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L’impuissance de l’homme face à l’impitoyable pouvoir de l’État. Léviathan est un conte sombre et pessimiste (mais où l’humour fait souvent mouche). Derrière cette critique du pouvoir russe, n’oublions pas que les abus dénoncés par Andrey Zviaguintsev sont présents partout – et même en France. La toute puissance de l’argent et du profit ne connait pas de frontières. Et ce sont toujours les plus modestes qui trinquent.

 

5. IDA, de Pawel Pawlikowski (Pologne, Danemark)

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Road trip initiatique dans la Pologne des années 1960. Une jeune femme élevée dans un couvent part à la recherche de ses origines et va déterrer un douloureux passé. Pawel Pawlikowski, de retour au top, nous emmène dans ce songe avec grâce, et nous fait regretter sa trop grande discrétion. Succès surprise en salles, Ida est un très beau moment de cinéma. La critique est ici.

 

4. MR. TURNER, de Mike Leigh (Grande-Bretagne)

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Le dernier film de Mike Leigh est un régal. Une œuvre lumineuse et captivante, portée par un Timothy Spall hors norme (prix d’interprétation masculine à Cannes). Mr. Turner, c’est la démonstration et la réunion de trois grands talents : ceux de J.M.W Turner, Mike Leigh et Timothy Spall. Forcément, ça fait des étincelles !

 

3. MOMMY, de Xavier Dolan (Canada)

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Voilà un film qui est arrivé comme un raz-de-marée, et qui a tout emporté sur son passage. Mommy est venu mettre d’accord admirateurs et détracteurs de Xavier Dolan. Un torrent d’émotion et d’amour de 2h18, filmé avec une intensité rare. Du cinéma jeune et dynamique, frais et innovant. La critique est ici.

 

2. QUAND VIENT LA NUIT (The Drop), de Michael R. Roskam (États-Unis)

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Le Belge Michael R. Roskam s’est exilé aux États-Unis pour adapter un scénario de Denis Lehanne. Le résultat est époustouflant : Quand vient la nuit est la grande confirmation du talent de l’auteur de Bullhead. Un film à la tension palpable, qui explore la grande solitude des hommes. Bien trop de critiques sont passés à côté de ce grand film, préférant faire de la pub à d’autres qui n’en n’avaient pas besoin. La critique est ici.

1. 12 YEARS A SLAVE, de Steve McQueen (II) (États-Unis)

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Un chef-d’œuvre qui fera date. Steve McQueen (II) signe le monument que l’esclavage attendait. Une leçon d’histoire essentielle, et une grande beauté artistique. L’adaptation du livre de Solomon Northup, homme libre arraché à sa famille et vendu comme esclave, a été le moment cinéma de l’année.  12 Years a Slave est un film vital dans l’histoire du 7e art. La critique est ici. Je laisserai la conclusion au grand Neville O’Riley Livingston, qui écrivit en 1989 ces mots on ne peut plus appropriés : « Voici le cri d’un peuple qui a été arraché à sa terre natale et à ses êtres aimés. Un peuple dépouillé de sa culture, de sa dignité, de sa liberté et de ses droits. Et qui par les mains cruelles et présomptueuses des négriers coloniaux et impérialistes a été transporté vers l’Ouest. Où pendant plus de 400 ans il a peiné et œuvré. Et avec son sang, sa sueur, ses larmes et ses mains, il a construit les grandes villes de Babylone. Avec pour seule rémunération les coups de fouet du maître, la torture et la mort. »

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BONUS : EN 2014, ON A AUSSI VU…

Un autre bon film de Xavier Dolan :

TOM À LA FERME, de Xavier Dolan (Canada, France)

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Pendant 6 mois, Tom à la ferme était le meilleur film de Xavier Dolan. Et puis Mommy a débarqué… Mais n’oublions pas ce sommet de tension, qui a permis au jeune canadien de se renouveler, en dévoilant une nouvelle facette de son talent. La critique est ici.

 

Un super-héros qui commence à abuser :

THE AMAZING SPIDER-MAN : LE DESTIN D’UN HÉROS (The Amazing Spider-Man 2), de Marc Webb (États-Unis)

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Le premier volet de cette nouvelle saga était plutôt séduisant, mais il faut savoir s’arrêter. L’homme-araignée est sur-exploité par les studios hollywoodiens, et ça commence à être lourd. La magie n’opère plus. Sauf, peut-être, si vous avez 12 ans.

 

Un blockbuster avec de la personnalité :

GODZILLA, de Gareth Edwards (II) (États-Unis)

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Difficile de faire un grand film avec un scénario pareil (en même temps, Gareth Edwards savait à quoi il s’attaquait), mais force est de constater que l’esthétique apocalyptique du film est sublime. Un peu de style dans un monde de brutes, c’est appréciable.

 

Un nouveau coup de maître de Tommy Lee Jones :

THE HOMESMAN, de Tommy Lee Jones (États-Unis, France)

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L’auteur de Trois enterrements est un cinéaste trop rare. Il nous rappelle ici qu’il possède un talent singulier : celui de faire un film classique comme on les aime. The Homeseman a le souffle épique des westerns de la grande époque, et Tommy Lee Jones, également acteur, prouve encore qu’il est un artiste polyvalent hors-norme. La critique est ici.

 

Une superbe satire de la machine hollywoodienne :

MAPS TO THE STARS, de David Cronenberg (Canada, États-Unis, France, Allemagne)

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David Cronenberg s’en prend à Hollywood, et ça déménage… Égos sur-dimensionnés, inceste, drogues, magouilles… Son regard est celui d’un réalisateur confirmé et indépendant, sûr de son cinéma et de ses convictions. Julianne Moore, comme toujours, est sublime (prix d’interprétation à Cannes). La critique est ici.

 

Des films dont on attendait davantage:

JIMMY’S HALL, de Ken Loach (Grande-Bretagne, France, Irlande)

SAINT LAURENT, de Bertrand Bonello (France)

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Le grand Ken Loach a perdu de sa superbe. Jimmy’s Hall, qui pourrait être son dernier film, n’est pas habité par la passion et l’énergie de ses œuvres précédentes, et ça se sent. Même l’interprétation est mollassonne. Dommage.

Bertrand Bonello, de son côté, a pondu un film adoré par la critique. Mais la mise en scène, certes remarquable, ne saurait faire oublier que la caméra tourne à vide, puisque son sujet est inintéressant. Difficile, donc, de supporter ces 2h30 de forme sans contenu.

 

Deux premiers films décapants :

’71, de Yann Demange (Grande-Bretagne)

LES COMBATTANTS, de Thomas Cailley (France)

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Yann Demange avait exclusivement réalisé des épisodes de séries tv (Dead Set, Criminal Justice…), mais son coup d’essai dans le cinéma est une réussite. Un film explosif sur les émeutes à Belfast en 1971. Un rythme haletant, une photographie au top et un message sensé : vivement le prochain film de Yann Demange !

Les Combattants est ce qu’on pourrait appeler un feel-good movie. Le terme peut paraître réducteur, mais la mise en scène énergique et les acteurs pleins de vie rendent le tout optimiste, enjoué et dans l’air du temps. Le cinéma français, déjà dans une belle forme (contrairement à ce qu’avancent les rabat-joie), possède des jeunes talents prêts à assurer la relève ! La critique est ici.

 

Un grand documentaire :

NATIONAL GALLERY, de Frederick Wiseman (États-Unis, France, Grande-Bretagne)

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2h30 dans un musée, sans voix-off ni entretiens… Ça vous fait peur ? Détrompez-vous : Frederick Wiseman n’est pas né de la dernière pluie, et il sait captiver le spectateur. À 85 ans (!), il nous a encore proposé deux documentaires en 2014 (At Berkeley et National Gallery). Pourvu que ça dure !

 

Un film qui aurait mérité sa place dans le top 10 :

TIMBUKTU, de Abderrahmane Sissako (France, Mauritanie)

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Un film humain, qui montre sans juger, sans prendre de haut. Un film d’une grande beauté, avec une grande sensibilité. Bref, un film qui aurait mérité sa place dans le top 10… La critique est ici.

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