Imitation Game

Morten Tyldum

Petit précis des travers du biopic

Malgré de bonnes idées et une matière intéressante, le Norvégien Morten Tyldum n’arrive jamais à faire décoller ce biopic bien trop conventionnel.

La vie d’Alan Turing est fascinante à plus d’un titre : ce mathématicien britannique est parvenu à décrypter Enigma, le système de communication allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Malgré cette réussite (qui a mené à la victoire des Alliés), Turing fut victime de la répression du gouvernement britannique envers les homosexuels. Voilà, me direz-vous, de quoi construire un biopic haletant, émouvant et engagé ! Oui, et bien non. Enfin pas vraiment, en fait…

Imitation Game part sur de bonnes bases : le rythme soutenu est plaisant, les acteurs convaincants (surtout Benedict Cumberbatch) et l’histoire dans l’Histoire s’annonce prometteuse. Seulement voilà, au bout d’une demi-heure, le spectateur se rend compte qu’il est pris pour un enfant. Et c’est agaçant.

La personnalité asociale de Turing provoque quelques répliques hilarantes (et la salle est très réceptive), mais on dirait que Morten Tyldum ne fait reposer son film que sur ce ressort. Les flashbacks, utiles au début, deviennent incessants, et parfois grotesques. Le film se perd dans les bons sentiments et une structure trop cadrée. Une indigeste succession de clichés.

D’abord l’indispensable phrase « fil rouge », lourde (elle est reprise jusqu’à l’ultime minute), risible et censée faire pleurnicher le spectateur. Elle nous a plutôt fait lever les yeux au ciel : « C’est parfois de ceux dont on attend le moins que les grandes choses arrivent » (ou une autre formulation lourde du genre). Les relations simplistes entre les personnages sont également dignes d’un bon gros navet : les méchants se révèlent pas si méchants que ça, et se rangent aux côtés du héros.

Pourquoi avoir fait le choix (trop commun dans les biopics) de raconter la fin de la vie de Turing par une série de phrases projetées sur l’écran ? Nombre des événements évoqués ainsi auraient mérité d’apparaitre dans le film. Agaçant, et frustrant. Imitation Game aurait dû être le récit d’une époque, et le portrait d’un grand homme dans cette époque. L’ultime hommage au héros méconnu qui a changé l’Histoire et sauvé des millions de vies, rien que ça ! Mais je m’égare,  allez donc voir le film et nous en débattrons.

 

IMITATION GAME

THE IMITATION GAME

États-Unis, Grande-Bretagne (2014). 1h54. Réal. : Morten Tyldum. Scén. : Graham Moore. Dir. photo. : Oscar Faura. Déc. : Maria Djurkovich. Cost. : Sammy Shekdon Differ. Mont. : William Goldenberg, A.C.E.. Mus. : Alexandre Desplat. Prod. : Teddy Schwarzman, P.G.A., Ido Ostrowski, P.G.A., Nora Grossman, P.G.A.. Cie de prod. : Ampersand Pictures, Black Bear Pictures.  Dist. fr. : Studiocanal.

Int. : Benedict Cumberbatch (Alan Turing), Keira Knightley (Joan Clarke), Matthew Goode (Hugh Alexander), Mark Strong (Stewart Menzies), Rory Kinnear (Inspecteur Robert Nock), Charles Dance (Commandant Denniston), Allen Leech (John Cairncross), Matthew Beard (Peter Hilton), Alex Lawther (Alan jeune).

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3 réflexions sur “Imitation Game

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