Journal d’une femme de chambre

Benoît Jacquot

chambre 3

Beau et creux

Après les excellents Trois cœurs et Adieux à la Reine, Benoît Jacquot s’attaque à Octave Mirbeau avec une adaptation (la quatrième) du Journal d’une femme de chambre. Le résultat, déroutant, est un film à la beauté captivante, mais pas tout à fait abouti.

Benoît Jacquot se laisse emporter par son succès. Après deux films salués par la critique, il s’est senti pousser des ailes, et s’est attelé à à un gros morceau. Il dépoussière certes le fameux Journal d’une femme de chambre , (déjà adapté, entre autres, par Renoir ou Buñuel !) en y posant sa patte personnelle, mais l’utilité du produit final est encore à prouver.

Le film est dédié tout entier à Léa Seydoux. On ne voit qu’elle. En long, en large et en travers. La comédienne est, il est vrai, très belle, mais elle ne cesse d’apparaitre comme un anachronisme. L’effet est sans soute voulu par Jacquot, mais son actrice sonne la plupart du temps faux, et n’est jamais réellement crédible en femme de chambre du XIXe siècle. Peut-être, tout au mieux, commence-t-on à y croire un peu au bout d’1h15, mais alors le film est presque fini. Lindon, quant à lui, ne fait que grommeler. Mais reconnaissons qu’il fait ça très bien.

chambre 2

Reste le talent de Benoît Jacquot (qui en fait parfois un peu trop – les zooms incessants sortent de nulle part), et surtout celui du chef op Romain Winding. Car c’est bien la beauté du film qui frappe. Les couleurs, la lumière… C’est par leur biais que l’on entre dans le film, et c’est de ça qu’on se souvient en sortant du cinéma, puis le lendemain, et le surlendemain, etc. Chaque plan est un tableau, et il est dommage que cette réussite artistique ne soit pas au service d’une œuvre plus aboutie.

Film mineur, donc, pour Benoît Jacquot. Mais ne doutons pas de sa capacité à se renouveler et à rebondir très vite. Car le réalisateur de Sade est l’un des cinéastes français les plus talentueux et prolifiques.

JOURNAL D’UNE FEMME DE CHAMBRE

France (2015). 1h35. Réal. : Benoît Jacquot. Scén. : Benoît Jacquot et Hélène Zimmer, d’après le roman éponyme d’Octave Mirbeau. Dir. photo. : Romain Winding. Déc. : Katia Wyszkop. Cost. : Anaïs Romand. Mont. : Julia Grégory. Mus. : Bruno Coulais. Son : Pierre Mertens, Paul Heymans, Olivier Goinard. Prod. : Jean-Pierre Guérin, Kristina Larsen. Cie de prod. : Les Films du Lendemain, JPG Films, Les Films du Fleuve. Dist. : Mars Distribution.

Int. : Léa Seydoux (Célestine), Vincent Lindon (Joseph), Clotilde Mollet (Madame Lanlaire), Hervé Pierre (Monsieur Lanlaire), Mélodie Velemberg (Marianne), Patrick d’Assumçao (Le Capitaine), Vincent Lacoste (Georges), Joséphine Derenne (Grand-mère de Georges), Dominique Reymond (La placeuse).

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s